Petit chat joueur de mots, je pelote mes poésies de caresses câlines et je griffe parfois pour défendre les maux. J'écris le "je", le "nous", le "vous" et je ronronne souvent sous l'effleure de ma plume. J'invente, je tente... Juste pour le plaisir.

Fines moustaches et libres pensées... Je guette la rime et vous partage mon petit coup de patte.

Je ne suis pas un écrivain... Je suis le chat "couseur de mots" et vous êtes... mes petites souris inspiratrices.

mardi 7 décembre 2021

253

 

253

Et les cendres de creuser les tombes pour fleurir la terre de leurs derniers parfums

Ils ne renaîtront pas

Mais ils vivront toujours dans les cœurs encore chauds

De ceux qui se souviennent.


253

Et le printemps de pleurer ses bourgeons qui se sont enflammés

Le vent ne respire plus

Il a brûlé son souffle dans le feu de ces autres

Qui ne croient qu’en l’enfer.


253

On les entend crier mais ils consument déjà dans un brasier funeste

Les églises se sont tues

Sur les vitraux gisants en mille tessons vulgaires

S’écoule encore le sang des innocents.


253

Et encore combien pour faire jouir la bête et la voir transpirer les douleurs de nos frères ?

Ils avaient un nom

Le monde ne se souviendra que d’un nombre.

 

Je n’ai pas envie d’ouvrir les yeux.

Pas parce que j’ai peur de ce que je pourrais voir - ou ne pas voir.

J’ai déjà vu tout ce qu’il y avait à voir.

Je n’ai pas envie d’ouvrir les yeux parce que je suis fatiguée. Terriblement fatiguée. Mes paupières se sont refermées sur d’impensables pensées. Elles ont mordu les poussières obscures et sont tombées KO sous les trop nombreux coups du sort. Elles se sont refermées. Et je ne trouve plus cette lumière qui dessinait parfois sur mon visage, cette ride géante que les autres appellent « sourire ».

Je n’ai pas envie d’ouvrir les yeux. Je garde les larmes qui goutte à gouttes forment cette rivière où j’aime tant me laisser emporter. M’emporter loin, aussi loin que mes rêves savent nager.

… Bien plus loin encore, et peut-être m’y noyer.

Je n’ai pas envie d’ouvrir les yeux. J’ai déjà vu mon monde s’effondrer une première fois. Les débris d’une vie au milieu des cendres d’un passé qu’on ne peut plus oublier. Je l’ai vu s’effondrer, et je l’ai pourtant reconstruit. Sans doute trop vite. Beaucoup trop vite. On ne rebâtit pas toute une vie sur des fondations trop fragiles. On ne rebâtit jamais rien de toute façon, on prend simplement ce que le destin veut bien nous laisser sur le bord du chemin. Moi, je ne veux plus rien. Je ne demande plus rien. Je veux juste qu’on me laisse nourrir ma mort comme d’autres se régalent de leur vie anorexique.

Je n’ai plus envie d’ouvrir les yeux. Hier encore, je voulais croire que demain n’était pas juste demain, qu’il était un peu plus que tout ça, qu’il était un espoir, une renaissance. Mais je sais aujourd’hui que rien n’existe vraiment, que je n’existe pas moi-même. Alors pourquoi ouvrir les yeux ? Je veux vivre en dedans et marcher dans un imaginaire que je n’ai pas encore inventé. Je veux vivre dans l’ailleurs, là où les monstres ne sauront pas me trouver. Je veux vivre l’oubli.

Laissez-moi oublier.

Laissez-moi fermer les yeux.


Adieu

 

On m’a dessiné un ange

Je lui ai colorié les ailes en jaune et en bleu

Juste pour le rendre unique

Juste pour le rendre plus beau

… Et je lui ai aussi dessiné un gigantesque sourire au crayon rouge

Comme l’énorme nez d’un clown

Parce qu’un clown ça fait rire

Et que j’aime rire

C’est un peu ma façon de vous dire de ne plus vous inquiétez pour moi

Que je vais bien maintenant

Un peu ma façon de vous délivrez de mon mal

J’emporte avec moi plusieurs grilles de chiffres et quelques dominos de couleurs

Derniers passe-temps qui ont su ricocher dans mes trous de mémoire

J’emporte aussi mes crayons de couleurs

Pour colorier la terre, le ciel, les arbres et les oiseaux

Pour colorier la vie et colorer la mort pour la rendre moins triste

Mais j’emporte surtout mes plus beaux souvenirs

Et tout cet amour que je lisais chaque jour dans vos yeux

… Et je vous laisse mes sourires que je vous accroche en bord de cœur

Pour que vous ne vous souveniez que de celui que j’étais avant

Que vous vous en souveniez toujours en souriant

Parce que j’aime vos sourires


On m’a dessiné un ange

Je lui ai colorié les ailes en jaune et en bleu

Juste pour qu’il soit moi.

Soignants

 

Elle a les yeux gris

Les yeux des mauvais jours

Ces jours sans fin, ces jours sans bruits

Ceux qui la poursuivent toujours jusque dans ses rêves trop lourds


Elle a les yeux ternes

Transparents jusqu’à les effacer

Et juste en dessous les morsures de ses cernes

Comme la marque des fatigues pour ne pas oublier


Elle a le corps usé et le moral abîmé

Tant d’années à écouter les silences de leur triste solitude

Les soigner, les aider… et les voir s’en aller

Trop d’années à s’écorcher dans les mêmes habitudes


Elle a souvent les yeux vides

Vidés d’avoir trop pleuré les soirs d’épuisement

Quand leurs souffrances se dessinent sur leurs visages livides

Et se crayonnent dans ses cauchemars dans un décor de noir et de blanc


Et pourtant au milieu de toutes ses rides

Elle accroche chaque jour sur ses lèvres un sourire

Un sourire pour fleurir leur désert trop aride

Un sourire pour guérir juste un peu leur envie de mourir


Elle a les yeux bleus parfois

Bleus de vivre dans les leurs comme une lueur de reconnaissance

Entre deux larmes de lassitude et les petits et courts instants de joie

Qui lui donnent chaque matin la force de se lever malgré son impuissance


Aujourd’hui on applaudit, on dit merci

Mais rien n’efface les nuits sans lune et sans étoiles

Toutes ces manifestations inutiles où se sont perdus ses cris

Pour un peu de chaleur dans un monde glacial


Aujourd’hui, elle a encore les yeux gris, les yeux usés

Mais elle continue d’avancer dans les longs couloirs blancs

Pour un sourire, même timide, dans le regard des personnes âgées

Et leur donner la main pour soulager leurs tourments.

 

Les larmes d’écoutes s’endorment au creux de mon oreille

Elles ont glissées le long des parois fragiles de mon cerveau

Elles ont glissées

Rythmant un goutte à goutte étourdissant dans mon sommeil

Comme un compte à rebours qui se rapproche du point zéro

Un point c’est tout


Tout paraît triste tout autour de moi

Tout paraît vieux

Et ce silence au fond de moi

Comme le début d’un nouveau jeu


Elles ont glissées

Un point c’est tout


Mais tu es où toi ?

Mais tu es où ?

Je te cherche derrière mes paupières fermées

Je te cherche mais tu n’es pas là

Je ressentais pourtant ta main sur la mienne se serrée

Je la ressentais

Mais je suis seule à présent sous le froid de mon drap


J’entends encore mais je n’écoute déjà plus…


Je suis partie

Un point c'est tout

Je suis partie

Ne m'attends plus

 

Combien de fois devrais-je encore me relever ?

Mes genoux et mes mains écorchées me font mal.

J’ai perdu de la force, du courage…

Et de l’envie.

Il m’est de plus en plus difficile de me relever,

Mes souvenirs ont vieillis bien plus que mes jambes

Et mon esprit ne saurait plus porter ma mémoire morte.


Combien de fois devrais-je encore me relever ?

Avant, quand je tombais, des dizaines, des centaines de mains m’accrochaient pour me sortir de mon néant,

Aujourd’hui, elles ne sont plus

Toutes perdues elles aussi dans leur propre trou noir.


Combien de fois devrais-je encore me relever ?

Chaque chute me rapproche de plus en plus de la folie

Je ne veux pas devenir fou

Être fou, c’est un peu oublier sa vie

C’est souvent oublier celle des autres

Je ne veux pas oublier.


Combien de fois devrais-je encore me relever ?

Pourquoi d’ailleurs devrais-je encore me relever ?

… Si tout au bout, plus personne ne m’attend ?

Les couloirs vides

 


Ils sont tristes les couloirs

Les couloirs vides de leurs pas

Ils sont tristes nos couloirs

Sans leurs pas boiteux sans leurs pas maladroits


Ils sont tristes les couloirs

Aux portes fermées sur l’oubli

Ils sont tristes dans ce noir

Nos couloirs privés de leurs bruits


Et derrière chaque porte fermée

Les mêmes vieux aux sourires abîmés

Et derrière chaque porte fermée

Des appels au secours et des rires oubliés


Ils sont tristes les couloirs

Abandonnés de l’écho de leur voix

Ils sont tristes comme ces soirs

Aux mélanges tragiques d’obscurs et de froid


Et derrière chaque porte fermée

Les mêmes vieux qui s’ennuient

Les mêmes vieux aux solitudes fanées

Dans un même bouquet au pied de leurs lits


Et derrière chaque porte fermée

Des larmes et des cris de douleur

Des cris fatigués des cris étouffés

Un peu de colère et beaucoup trop de leurs peurs


Ils sont tristes les couloirs

Silencieux et déprimés

Ils sont tristes nos couloirs

Pleurant les absences de nos vieux tant aimés